ÉPILOGUE


Bref, on peut se contenter de peu ou en tout cas, de beaucoup moins que ce qui nous semble présentement les réponse à des besoins exacerbés. En tout cas, simplicité n’est pas misère. Pascal Bruckner écrit dans Misère de la prospérité (Grasset, 2002) : « Il faut arracher la frugalité à l’idée sinistre d’abstinence: elle n’est pas une soustraction mais un plus, l’ouverture à d’autres dimensions de l’existence. Ne pas se laisser pièger par l’affairement, les contraintes stériles, se désencombrer des babioles socialement valorisées, déplacer les frontières du nécessaire et du superflu. Bref, se restreindre non pour se priver mais pour multiplier d’autres plaisirs moins communément admis.»


Le Mouvement de la simplicité volontaire (MSV) ne peut compter que sur lui-même. Même les intellectuels qui voudront s’impliquer sont rares car la plupart d’entre eux font désormais partie du monde de l’argent. Comme l’écrit Michel Onfray dans Célébration du génie colérique (Galilée 2002): « Les intellectuels, penseurs et autres acteurs du monde des idées qui expriment nettement leur opposition à la domination libérale et à l’avenir de la planète intégralement soumis à la loi du marché, sont peu nombreux dans un temps où l’argent comme horizon indépassable fournit le credo autour duquel s’organise l’ensemble des prises de position idéologiques, nationales et internationales.» Soyons donc réalistes: cette idée de simplicité volontaire commencera à s’étendre à partir d’un petit noyau de gens simples qui veulent profiter de la vie simplement, c’est à dire en marge de la surconsommation vantée par la publicité.


Pour ce qui est de l’ensemble de la société civile, il ne reste qu’un seul espoir : l’éducation. Il faut investir toujours davantage dans un système d’éducation universel et gratuit. Seule l’éducation permet à chacun d’assembler petit à petit des points de comparaison, de développer un esprit critique, bref, l’éducation apprend à penser par soi-même plutôt que de succomber naïvement aux sirènes des publicitaires qui offrent un petit “bonheur” à vendre chèrement. « Seules les sociétés avancées, précise le logicien Marcel Boisot, avancées dans leur démagogie au service du politique, de l’économie et des médias, agitent avec une frénésie accrue ce hochet, ce mirage auquel on fait semblant de croire, qui fait se battre les hommes et courir les foules : le bonheur » (La morale, cette imposture, 1999) Mais le publicitaire Frédéric Beigbeder, plus cynique, rétorque dans son roman intitulé 99 francs: « Dans ma profession, personne ne souhaite votre bonheur, parce que les gens heureux ne consomment pas. » (2000)


Pour se libérer l’esprit des slogans publicitaires, et enrayer nos comportements de gaspillage, il faut aussi compter sur la culture comme le rappelle Pascal Bruckner : « Les seules richesses inépuisables et qui se multiplient de par leur diffusion, c’est le commerce des idées et du savoir, la passion de la connaissance, les œuvres de l’imagination, les arts de vivre et les arts tout court, richesses pour la plupart hors de prix. » (dans Misère de la prospérité, Grasset, 2002)


En attendant, défendons-nous comme Michel Rivard le fait dans sa chanson (Disque Sauvage, 1983, Kébec Disc, KD 589):


« Cher monsieur le marchand de bonheur

Vous n’êtes pas méchant, juste un peu menteur

Comme tous les marchands, comme tous les vendeurs

Vous voulez votre argent, moi je veux mon bonheur […]

Arrêtez de m'faire croire que c'est ma vie qui vous tient à coeur. »

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