3. LE MONDE SAUVAGE DU LIBRE MARCHÉ
Démocratie! Liberté! Les canadiens sont fiers de vivre
dans “le plusss meilleur pays du monde”. Et avec raison:
le Québec est l’état le plus socialisant des Amériques
: les citoyens sont protégés par un droit du travail progressif,
un salaire minimum, un régime de rentes; ils ont accès
à une éducation même supérieure, à
un régime d’assurance automobile “no fault”,
à des soins de santé gratuits, à des garderies
à 5$ (ou 7$), ainsi de suite.
Mais nous sommes un petit pays socialisant étendu à côté
d’un géant capitaliste, dit de libéralisme économique
absolu. La Suède comme le Québec sont scrutés par
les microscopes de ces gens d’argent qui veulent la mort de l’État
providence, veulent déréglementer tous azimuts et pousser
davantage sur la surconsommation.
Grâce aux revenus de l’État, le Québec assure
les besoins de base à l’ensemble de ses citoyens et grâce
à sa philosophie socialisante qui équilibre un tant soit
peu les forces sociales en présences. Par des réglements,
l’État restreint même la publicité : interdit
de faire de la publicité aux enfants, obligation de faire approuver
les réglements de concours promotionnels, interdit d’inciter
les jeunes à boire de l’alcool, ainsi de suite… Mais
dans un monde capitaliste idéal, la publicité sans limite
est indispensable pour encourager les citoyens au gaspillage; c’est
le gaspillage qui profite aux gens d’argent. Je dirai maintenant
quelques mots de: l’État providence décrié
par les gens d’argent, du glissement vertigineux vers la déréglementation,
et du paraître qui prend désormais le pas sur l’être.
a) L’État providence décrié
par les gens d’argent
À l’opposé du monde capitaliste sauvage, les sociétés
social-démocrates mettent en place des lois régulatrices
pour empêcher les plus forts de s’accaparer toutes les richesses,
un ensemble de lois que les gens d’argent appellent l’État
providence, providence parce que l’État veille sur le bien-être
de ses citoyens. Mais les gens d’argent n’aiment pas les
lois et règlements qui restreignent leur voracité. C’est
pourquoi ils défendent depuis 20 ans “l’inévitable”
(prétendent-ils!) virage à droite, et le démantellement
de l’État providence…
L’État n’a pas à jouer la “providence”
disent les gens d’argent qui ne voient pas l’État
du même oeil que les gens ordinaires. Mais qu’est-ce que
l’État providence sinon un État qui prend sa responsabilité
première de justice sociale, de redistribution des richesses,
de protection des plus faibles? Riches ou pauvres, tous les citoyens
du Québec ont droit aux mêmes services. Mais pour les gens
d’argent, un tel état accapare des marchés dans
lesquels ils pourraient s’activer à faire des profits.
Selon eux, l’école privée réussit mieux —en
oubliant de mentionner que les écoles publiques s’efforcent
s’instruire n’importe quel étudiant sans discrimination.
Selon eux, on devrait avoir le droit de fonder ses hôpitaux et
de payer ses soins de santé au prix demandé —en
oubliant de mentionner que dans ces conditions, seuls les riches pourraient
se faire soigner.
Dans une société néo-libérale, les gens
d’argent sont aussi les plus puissants. Aussi ont-ils les moyens
de faire appel aux meilleurs juristes, aux plus habiles politiques,
aux plus persuasifs publicitaires, aux plus puissants médias,
pour convaincre les citoyens que ce sont eux les plus habiles en gestion,
voulant ensuite convaincre les citoyens qu’ils seraient bien mieux
servis s’ils confiaient tous leurs besoins à l’entreprise
privée, y compris la gestion des prisons ou des réseaux
d’aqueduc… pourquoi pas?
On sait ce qui arrive habituellement quand les gens d’argent gèrent
à profit des institutions sociales… au moment où
les citoyens deviennent insatisfaits des services ou que les profits
sont insuffisants aux yeux des investisseurs : ils revendent leurs établissements
à l’État. C’est arrivé pour les compagnies
d’électricité dont les citoyens se plaignaient de
mauvais services ou de coûts exhorbitants avant que l’État
ne forme Hydro-Québec, et les mêmes gens d’argent
réclament l’aide de l’État quand ils ne peuvent
plus faire de profits faciles avec leurs papetières ou leurs
chantiers navals.
Les gens d’argent disposent de l’argent qu’il faut pour
changer les choses… à leur avantage. Ainsi, l’adjoint
parlementaire du Ministre de la santé du Québec lui-même,
Russel Williams, vient de quitter la politique (!) pour devenir président
de l’association Rx&D qui est en fait le lobbey pharmaceutique.
Il part avec les débats secrets que le gouvernement a eu au sujet
des médicaments qui coûtent à l’État
25M$ de trop par année. Et l’homme quitte en lançant
joyeusement: « L’association Rx&D a la mission de développer
notre système de santé» grâce à la découverte
de «médicaments merveilleux». (LeDevoir, 10
mars 2004) Ô merveille! Et quel cynisme!
Par ailleurs, les forts, les bourgeois, les leaders défendent
le droit, la loi. Mais qui fait les lois? qui les interpète?
qui les applique sinon les plus forts de la société qui
cherchent d’abord à régler les situations à
leur avantage avant de travailler à un État de droit plus
juste, à régler la situation à leur avantage. Au
Canada, les partis politiques sont avant tout financés par les
gens d’argent qui s’attendront à ce que leurs représentants
travaillent à régler leurs problèmes à eux
avant de régler ceux des plus faibles de la société.
« Citoyen utilisateur, citoyen payeur » répètent
les gens d’argent. Dans les sociétés néo-libérales
en effet, chacun doit s’occuper de son bonheur. Pas d’argent?
Pas de services, pas d’hôpital, pas de parcs, pas de bibliothèques!
Pas d’argent? Pas d’accès aux autoroutes –prenez
les ptits chemins. Pas d’argent? Pas d’accès aux
hôpitaux –utilisez les quelques hospices surchargés!
Pas d’argent? Pas d’accès aux écoles prestigieuses
-—envoyez vos enfants dans les écoles de 2e classe. Ainsi
de suite. Quelle mesquine compréhension de l’organisation
sociale !
John Sweeney, président de l’AFL CIO se scandalisait en 2001
de ce que la vedette des affaires, Jack Welsh, patron de la Général
Électric, gagne le salaire de 15,000 ouvriers mexicains. Bill Gates
engrange chaque jour 34 millions de dollars, ce qui équivaut à
ce que paye l'ensemble des pays de l'Afrique noire en intérêts
sur leur dette. Mais le ministre de l’économie français,
Francis Mer, justifie ce décalage en ces termes: « Ceux qui
gagnent beaucoup d’argent le méritent: ils apportent à
la société une valeur supérieure à ceux qui
gagnent moins.» Ce qui fait que, entre 2000 et 2002, les patrons
des 40 plus grandes entreprises de France se sont consenti des augmentations
de rémunération de 84% —sans compter les autres formes
de revenus plus ou moins occultes. Des prédateurs ! Marcel Dutil,
pdg de Canam-Manac, défend la même idée: « Si
on paye des peanuts, on n’aura que des singes à la direction.»
(LeDevoir, 10 mars 2004) Norma Kozhaya, économiste à
l’Institut économique de Montréal, un think tank financé
par les grandes entreprises, renchérissait récemment : «
Plutôt que d’encourager les gens à s’enrichir,
la politique fiscale québécoise a tendance à subventionner
les pauvres et à décourager l’accumulation de richesse,
avec comme résultat, que le Québec compte beaucoup plus
de pauvres et beaucoup moins de riches que l’Ontario ou l’Alberta.
» (LeDevoir, samedi 27 mars 2004)
On sait que la vérité est tout autre. Dans son livre Ces
riches qui ne paient pas d’impôt la comptable et
fiscaliste Brigitte Alepin pense le contraire, elle dévoile les
passe-droits accordés aux riches par l’État : «
Ce livre, écrit-elle, illustre la place privilégiée
réservée aux riches dans notre système fiscal.»
Je citerai quelques uns de ses exemples plus loin.
Un État social est un État qui restreint les prédateurs
dans leur voracité et répartit les richesses entre tous.
C’est un état social, ou tout le moins socialisant. Les
gens d’argent n’aiment pas que l’État se mêle
ainsi de répartir les richesses; ils s’objectent à
ce que la justice, l’éducation ou la santé soient
gratuits. Les riches n’ont en effet pas besoin de services sociaux
ou de santé performants; ils se les paient eux-mêmes. Par
leurs revenus ou les profits sur leurs actions, ils engrangent toujours
plus et cela leur permet de se payer tous les services privés…
sauf quand vient la banqueroute; là, ils ont besoin de l’État
—pour sauver les emplois menacent-ils; sans préciser pour
combien de temps. Dans leur philosophie, les profits sont privés
mais les pertes sont publiques.
b) Mondialisation, globalisation et déréglementation
Progressant depuis 40 ans dans la voie d’une plus grande justice
sociale, l’État québécois contraint d’une
certaine façon les gens d’argent, et ces grands capitaines
n’aiment pas cela. Or les sociétés sont toujours
touchées par la “loi du balancier”: le Québec
a fait sa Révolution tranquille en 1960,et le balanciera glissé
vers la gauche social-démocrate pour permettre aux citoyens ordinaires
d’accéder à l’électricité, aux
soins médicaux, à l’éducation avancée,
voire à la propriété; le balancier se déplace
maintenant vers la droite néo-libérale qui veut déréglementer
pour laisser le marché évoluer “naturellement”,
c’est-à-dire aux mains des seuls gens d’argent, des
puissants.
Les mêmes gens d’argent réclament la réduction
des impôts —sans ajouter qu’il faudra conséquemment
réduire les services publiques. Le citoyen naïf s’imagine
qu’il paiera moins; or ce faisant, on se trouvera plutôt
à sauver des milliers de dollars à ceux qui gagent des
centaines de milles dollars, mais quelques dollars seulement à
ceux qui en gagnent à peine quelques dizaines de milles. Et disposant
de moins de services publiques gratuits, chacun devra payer ses frais
d’éducation ou de santé. « Citoyen utilisateur,
citoyen payeur» clament les gens d’argent. Ben oui! La consultation
d’un médecin spécialiste à 100$ de la consultation
coûtera une journée entière de travail à
un manoeuvre alors qu’elle ne coûtera qu’une demi-heure
de travail à un avocat. Cela serait-ce juste? Non. C’est
le rôle de l’État de protéger les plus faibles
contre la voracité des plus forts. Un état démocratique
qui ne pratique plus la justice distibutive n’est plus une démocratie.
Le libéralisme, la déréglementation, la loi du
marché que réclament les gens d’argent, c’est
donner plus de liberté au plus fort, et moins de protection au
plus faible. Couper dans l’assurance chômage, c’est
acculer à la misère celui qui n’a pas d’instruction…
ou pas de relations. Les assistés sociaux ne sont pas tous des
Bougon; plusieurs sont des gens faibles qui ne peuvent s’en sortir
par eux-mêmes. Devons-nous les laisser crever alors que nous sommes,
globalement, une société riche?
Les ministères du revenu veulent éradiquer le petit marché
noir et ponctionnent à la source les employés de restaurant
pour récupérer quels dizaines de millions, mais ils n’ont
pas le courage de coincer leurs amis, arnaqueurs en chemise blanche
qui volent l’Etat par milliards. Quand l’État providence
rétrécit, l’État policier grandit. Les ordinateurs
permettent aujourd’hui d’identifier celui qui fraude l’État.
Mais qui sera poursuivi ? Le petit sans moyen de se défendre.
Les prédateurs professionnels auront les moyens de se payer les
meilleurs cabinets pour faire valoir leur point de vue… et s’en
sauver. L’impôt n’est pas la même rigueur pour
les riches que pour les petits.
La comptable et fiscaliste Brigitte
Alepin donne en exemple Smithkline qui achète de sa filiale
aux Bahamas de la cimétidine qu’elle paye huit fois le prix
du marché. Notre argent s’en va ainsi aux Bahamas où
Smithkline ne paye pratiquement pas d’impôt et sauve ainsi
69M$ estime l’Agence des douanes et du revenu du Canada. Les pharmaceutiques
déclaraient récemment que nous payons nos médicaments
trop bon marché au Canada puisqu’ils se vendent près
du double aux États-Unis: ils préparent ainsi les citoyens
à faire encore plus de profits… au détriment des malades
les plus pauvres.
Autre exemple. Coke achète son concentré à Porto
Rico pour un prix surévalué —parce que c’est
une formule secrète, dit Coke— privant ainsi le fisc, estime
l’Agence, de 100M$ Les riches ne paient pas leur quote-part des
coûts sociaux. « Dans notre société, écrit
Alepin, […] si on s’aventure à critiquer le système,
il est préférable de chuchoter. […] J’ai tout
de même choisi de parler.» La Vérité est révolutionnaire,
disait Lénine; la Vérité rend libre, dit la Bible.
D’ailleurs, on ne fait pratiquement plus de publicité à
Montréal. La bataille Québec/Monde, c’est Golliath
contre le géant. Ces pieuvres tentaculaires que sont les multinationales
n’ont tout de même qu’un seul cerveau… ordinairement
ancré aux États-Unis. La rédactrice en chef d’InfoPresse,
le magazine de la publicité québécoise, remarque
: « Dans bien des agences, on refusait de répondre [à
notre rédactrice] sans autorisation formelle du client. Celui-ci
désormais, n’est plus à Montréal. Dans certains
cas, il n’est même plus au Canada. Ceux qui ont bien voulu
nous parler l’ont confirmé : les stratégies sont désormais
élaborées au niveau mondial. […] [Dans les package
goods], les publicités conçues au Québec sont devenues
des événements dignes d’être mentionnés.
» (juin 2000)
Alena et Zlea sont des traités commerciaux trafiqués par
les gens d’argent avec George W. Bush, lui-même magnat du
pétrole, et Vicente Fox, ex-présidente de la Coca-Cola para
México y América Latina. Ce sont désormais les entreprises
qui, en vertu de ces traités, poursuivent les États pour
pertes de profits. Or, comme l’écrit Jean-Arnaud Mazères
dans Marché et nation, regards croisés (Montchrestien,
1995), «Le marché qui se substitue à la nation, s’impose
à l’État, devient le droit.» La loi du marché
est incontournable, elle est la meilleure solution à tous les problèmes,
répètent les gens d’argent. Mais ne nous laissons
pas leurrer par les chantres de l’économie. « Le marché
n’est jamais premier, ajoute Mazères, il n’innove pas,
il se conforme, et dès qu’une chose fonctionne, il s’emballe,
[…] va piller les idées les plus nobles, les arts les plus
sublimes, les attitudes les plus provocatrices pour les répandre
aux quatre coins du globe et en tirer profit. […] Le capitalisme
est une machine laïque apte à tout transformer en profits,
l’amour, l’air, l’eau, la beauté. C’est
son génie et sa limite. N’en faisons pas une Église.”
Oui, les gens d’argent s’accaparent tous les secteurs d’activité,
des biens culturels aux biens durables, aux ressources naturelles. Les
Américains parlent déjà de construire un pipeline
pour sucer notre eau potable vers leurs mégalopoles…
Avec sa verve aiguë et morose, Jean Larose du Devoir évoque
la globalisation des marchés plutôt comme un vampire : «
Un spectre hante le globe, celui d’un marché totalitaire
où le citoyen sera défini comme un investisseur, la liberté
comme le droit inaliénable du fort à exploiter le faible
sans ingérence de l’État, la politique comme la gestion
de la pauvreté au service du libre monopole, l’histoire comme
une nostalgie des fraternités archaïques, l’éducation
comme une préparation au marché de l’emploi précaire,
la culture comme un spectacle stupéfiant, l’égalité
comme le droit de chacun à l’aliénation marchande.
» (27 février 2000) Or, la publicité joue le rôle
d’amplificateur pour répandre les idées concoctées
par les marketers mondialistes.
Ignacio Ramonet, directeur du Monde diplomatique résume:
“La mondialisation, c’est aussi le pillage planétaire.
Les grands groupes saccagent l’environnement avec des moyens démesurés;
ils tirent profit des richesses de la nature qui sont le bien commun de
l’humanité; ils le font sans scrupule et sans frein. […]
cette marchandisation généralisée des mots et des
choses, des corps et des esprits, de la nature et de la culture provoque
une aggravation des inégalités.» Le but, c’est
la destruction du collectif, l’appropriation par le marché
et le privé, des sphères publiques et sociales.» (Attac
au Zénith, 2002)
c) Le paraître plutôt que l’être
TPS et TVQ ne sont pas les mêmes pour les pauvres que pour les riches.
Les taxes sur l’achat d’un frigo coûtent une semaine
de travail à une personne qui travaille au salaire minimum et une
heure de travail à un chirurgien.
Dans un libre marché,un marché dit néo-libéral,
tout ce qui est gratuit ou assuré par l’État doit
disparaître car ce sont les gens du commerce et de l’industrie
qui veulent accaparer et contrôler le marché. Ils accumulent
leurs richesses en rendant les services que l’État social-démocrate
rend, en vendant des biens aux individus —voire l’eau et l’air,
pourquoi pas? Aussi vont-ils, répétant que c’est dans
un marché libre qu’il se crée plus de richesses…
dont les miettes (plus grosses?) retombent nécessairement sur les
plus pauvres. Et ils investissent beaucoup d’argent pour convaincre
faussement les citoyens qu’il y a beaucoup plus de bonheur à
paraître qu’à être.
Le professeur James B. Twitchell affirme dans AdCult
USA : « Nous nous créons par les objets. Nous dépendons
souvent de tels objets matériels pour trouver du sens à
la vie. » (1996) Triste de penser que, pour certains, le sens de
la vie leur vienne de vêtements, d’objets ? Oui, mais tellement
humain !
Le Québec n’échappe pas à cette tendance à
être grâce au paraître. Selon Alain Giguère,
président de la maison de sondage Crop qui travaille essentiellement
pour le marketing et la publicité, 43% des Québécois
« donnent un sens à leur vie en se jetant corps et âme
dans une ou deux catégories de consommation ». (L’Actualité,
janvier 1992) N’est-ce pas effarant de penser que le sens de la
vie vient à d’aucuns de la seule possibilité de posséder
ces objets griffés que la publicité dore du prestige de
la marque. Naomi Klein, l’auteure de No
Logo, explique que les grandes marques « vendent l’illusion
de faire partie de quelque chose de plus grand que soi, comme l’est
la religion ou la fierté nationale. »
Exact! Et cette illusion est vendue chèrement. On vend 100$ une
chaussure Nike qui est payée des peanuts en Asie. Et Nike paye
Michael Jordan 20 millions de dollars par année pour publiciser
le logo Nike, ce qui équivaut au salaire annuel de 30,000 femmes
asiatiques employées par l’entreprise pour fabriquer ces
chaussures.
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