Idées claires, phrases simples, termes précis

La construction d’un texte implique l’utilisation d’un langage clair et précis, et la maîtrise des expressions utilisées. Il est parfois facile de tomber dans un jargon technique, dans des termes propres à certains champs de recherche, des formules qui reviennent trop souvent à l’intérieur d’un texte. Souvent, ces termes constituent des obstacles à la compréhension du lecteur, comme dans l’exemple qui suit.

Le désengorgement des urgences dans les établissements de santé de courte durée pourra se traduire par des résultats positifs lorsque sera amorcée véritablement la désinstitutionnalisation du réseau.

Un tel langage est pour le moins jargonneux. Si, en plus, les termes utilisés possèdent un caractère polysémique que le lecteur pourrait interpréter à sa façon, il est important de les définir clairement ou de préciser leur portée par une note explicative à leur première occurrence dans le texte. Nous n’encouragerons jamais trop le recours au dictionnaire. Selon l’importance de la clarification, celle-ci sera livrée directement dans le texte ou dans une note de bas de page 2.

À l’étape de l’écriture, il faut éviter certains termes fautifs. Par exemple, une expression comme « notre société actuelle » est à proscrire, au même titre que les « suite à », « au niveau de » (en certains cas), « dû à » (début de phrase), « prévoir à l’avance », « voire même », etc. Il est suggéré de consulter un dictionnaire ou une grammaire pour l’explication de ce qui pose problème dans l’utilisation de ces expressions, et de plusieurs autres du genre. Vous y verrez notamment que « l’expression pléonastique voire même est critiquée » (Multidictionnaire de la langue française, 2003 : 1519)3, bien qu’elle soit fréquemment employée. L’exemple qui suit regroupe certains de ces termes fautifs.

Suite à l’annonce de la hausse du prix de l’essence, nous avons pu prévoir à l’avance qu’il y aurait une diminution des ventes au niveau des constructeurs américains.

Dans le même ordre d’idées, l’utilisation de phrases simples ne veut pas dire le recours au langage familier, mais plutôt que les phrases ne doivent contenir qu’une seule idée, dire ce qu’elles veulent dire, présenter un sujet facilement repérable. Une idée claire est une idée bien formulée, qui évite le flou. Habituellement, quelques phrases simples composent de courts paragraphes. Parce que, oui, il faut faire des paragraphes quand c’est le temps d’en faire. Trop longs, ils contiennent souvent trop d’idées.

Vous aurez remarqué que le dernier paragraphe porte sur la syntaxe, tandis que celui qui le précède traite de problèmes de vocabulaire. C’est la raison pour laquelle nous avons fait deux paragraphes distincts.

Par ailleurs, le recours fréquent au fameux « ON » lorsqu’il désigne quelqu’un témoigne de l’imprécision chez celui qui l’utilise lors de la rédaction (à ne pas confondre ici avec le « on » marquant l’indétermination). Il vaut toujours mieux préciser à qui renvoie ce pronom indéfini. Aux auteurs consultés ? À votre entourage ? À vous ? De la même façon, nous ne devrions pas écrire que « les études… », « les recherches… », « l’actualité… » ou « la littérature… » affirme(nt) que, mais plutôt que « les auteurs des études affirment que… », ou que « Gilles Tardif, chercheur à l’Institut national de recherche scientifique (INRS), prétend que… ».

Plutôt que d’écrire vaguement… « On prétend que la concentration de la propriété dans le secteur de la presse n’a pas que des désavantages… », il vaut mieux préciser et dire que… « L’ancien éditeur du Soleil, Alain Dubuc, prétend que la concentration de la propriété dans le secteur de la presse n’a pas que des désavantages… » Si, bien entendu, il s’agit de son propos.

Bien que bon nombre de chercheurs l’aient abandonné au cours des dernières années, le « nous d’humilité »4 (aussi appelé le « nous de modestie ») permet le détachement, en opposition au « je » qui donne l’impression d’une opinion personnelle. Dans certains types de textes, ce « nous d’humilité » est encore exigé. Par contre, à moins d’avis contraire, la dépersonnalisation du propos, elle, est toujours de mise. L’exemple qui suit montre à la fois l’évacuation du « je » au profit d’un ton neutre, et l’utilisation du style direct.

« Une précision apparaît utile pour mieux saisir l’ampleur… », et non pas « j’apporte cette précision que je considère utile pour mieux saisir l’ampleur… ».

2. Dans le cadre d’un travail de recherche, nous recommandons l’utilisation de la note de bas de page (plus facile à consulter pour le lecteur) plutôt que la note de fin de document. L’une et l’autre sont par ailleurs présentées à interligne simple et la taille de la police est inférieure de deux points par rapport au texte. [retour]

3. Aux fins de notre exemple, nous avons cité ici le Multidictionnaire de la langue française et le présentons en bibliographie parce que nous y puisons une citation. Cela dit, on ne doit pas mettre en référence tout dictionnaire ayant servi à mieux écrire ou à faire la correction du texte.[retour]

4. Il importe ici de ne pas confondre le « nous d’humilité » et le « nous » qui désigne l’ensemble des individus qui composent une équipe dans certaines parties du texte. Il est à noter que, pour le « nous d’humilité », le participe passé demeure au singulier, comme dans l’exemple qui suit. « Dans ce livre, nous nous sommes efforcé d’être simple » (Ramat, 2005 : 160). Dit de cette façon, le détachement n’est pas le même que si l’auteur disait « je me suis efforcé d’être simple ».[retour]

Département d’information et de communication — Faculté des Lettres et des Sciences Humaines
Août 2005 (version révisée juillet 2011)

Dernière mise à jour : 2013-06-25 10 h 35