Accueil Nous Joindre Plan du site Plan du Campus Chercher
Université Laval
Le département Les programmes Les cours Étudier au DIC Le personnel

 

Sommaire

Accueil

Présentation du Lab-O

Membres du Lab-O

Projets en cours

Colloque international

Quelques types d'analyse


Quelques types d'analyse

Les téléjournaux québécois - TVA
Les téléjournaux québécois - TQS
Les téléjournaux québécois - SRC
Les débats politiques télévisés - élection fédérale 1997
Les débats politiques télévisés - élection provinciale 2003

 

Les téléjournaux québécois

Extrait de TVA-Québec, 18 avril 2001
Pierre Jobin, chef d’antenne
Marie-Christine Saint-Pierre, journaliste

Extrait vidéo (en traitement)

Transcription orthographique et structure de l’échange

adresse

au public

PJ

Il n'aura pas fallu attendre le début du Sommet des Amériques avant les premières arrestations. Six personnes qui ont été arrêtées donc au cours des dernières heures. (…)

On rejoint Marie-Christine Saint-Pierre.

E1

rituel

PJ

Bonsoir Marie-Christine.

d’ouverture

MCSP

Bonsoir.

E2

initiative

PJ

Alors qu'en est-il exactement. Ce sont les activistes entre autres de la région de Montréal.

réactive

[reportage]

MCSP

Tous, dans la vingtaine, six individus. Il y a deux d'entre eux qui ont été arrêtés, hier soir, sur l'autoroute 20, à la hauteur de St-Apollinaire. Ils s'en venaient à Québec (…).

évaluative

PJ

Bon,

E3

initiative

PJ

on ne parle pas seulement d'amateurs, il y a bien des activistes mais aussi entre autres un réserviste de l'armée canadienne.

réactive

[reportage]

MCSP

Effectivement, un membre actif de la réserve. C'est lui qui aurait fourni le matériel pyrotechnique à ses collègues, tous dans la vingtaine. Il pourrait peut-être s'agir de (…).

évaluative

PJ

Bon,

E4

initiative

PJ

ils ont comparu aujourd'hui par télécomparution au Palais de justice de Québec <oui> Marie-Christine.

réactive

[reportage]

MCSP

Effectivement, sous des chefs d'accusation très graves. D'abord, complot dans le but de commettre des actions qui pouvaient mettre la vie en danger, de vol également (…).

E5

rituel de

PJ

Merci Marie-Christine.

fermeture

MCSP

Au revoir.

[…] L’extrait précédent témoigne d’une gestion typique des interactions pendant le téléjournal. C’est au chef d’antenne que revient d’introduire la nouvelle dans l’ensemble du bulletin, de présenter le journaliste, d’engager les rituels d’ouverture et de fermeture, lesquels se réalisent dans les mêmes termes que la conversation orale spontanée. Salutations et remerciements reproduisent une interaction sociale normale à laquelle peuvent s’identifier les télespectateurs. Il s’agit de la mise en scène interactionnelle la plus fréquente pour ratifier le public.

Le chef d’antenne amorce également tous les échanges réparateurs, le plus souvent, sous la forme d’une question. Les interventions réactives sont l’occasion pour les journalistes de présenter leurs reportages, c’est-à-dire l’information proprement dite. Plusieurs de ces interventions commencent par des marques d’accord comme effectivement, oui Pierre ou par une reprise écho de la question formulée par le chef d’antenne. Cette caractéristique révèle avec éloquence le caractère prémédité des interactions produites pendant le bulletin de nouvelles. Il est évident que les questions du chef d’antenne sont construites à partir de la matière même des reportages. Le chef d’antenne connaît déjà la réponse à sa question ; s’il la pose, c’est en tant que représentant du téléspectorat. Une telle mise en scène ne fait aucun doute : par ses questions, le chef d’antenne simule la présence du public dans l’espace médiatique, une autre stratégie fréquente pour le ratifier.

D’autres aspects de la structure interactionnelle témoignent de la préméditation des interactions médiatiques. Ainsi, pour une même interaction, les échanges sont le plus souvent coordonnés ; les échanges secondaires sont rares. Les échanges réparateurs sont constitués de deux ou trois interventions : l’initiative, la réactive et l’évaluative. L’initiative est presque exclusivement amorcée par le chef d’antenne sous la forme d’une question. La réactive intègre le reportage. L’intervention facultative de l’échange réparateur, l’évaluative, est assez fréquente ; en revanche, la fréquence des signaux d’écoute backchannel est, elle, plutôt faible. La raison est en partie technique, en partie interactionnelle. Dans le premier cas, le chef d’antenne n’est pas toujours parfaitement attentif à l’intervention du reporter, parce qu’il reçoit en permanence des instructions de la régie à partir d’un écouteur qu’il porte à l’oreille. Dans le second cas, comme on l’a dit plus tôt, le chef d’antenne connaît déjà le contenu du reportage ; par conséquent, l’attention qu’il porte à la réponse est également moins grande. Le plus souvent, la production backchannel des actants médiatiques se limite à des marques d’approbation (effectivement, bien sûr) et à des accusé-réception comme (humhum, oui).

L’analyse de cette structure interactionnelle fournit des indices permettant de distinguer une interaction naturelle et spontanée comme la conversation, d’une interaction préparée pour la diffusion médiatique de l’information. Contrairement à ce qu’on retrouve dans la communication interpersonnelle ordinaire, l’ordre et la composition des échanges sont plus simples et plus réguliers. L’analyse révèle deux stratégies de communication qu’utilise le chef d’antenne pour ratifier le public. La première stratégie consiste à inscrire l’information dans une interaction sociale normale, une simulation d’échanges rituels et réparateurs en usage dans la communication interpersonnelle. Les téléspectateurs se reconnaissent ainsi dans cette manière de communiquer proche de la leur. La seconde stratégie consiste, pour le chef d’antenne, à se comporter comme le représentant du public sur le plateau médiatique, principalement en posant aux journalistes sur le terrain — éventuellement aux spécialistes ou aux témoins des événements — les questions que se posent les téléspectateurs dans leur espace privé. […]

Texte extrait de : MARTEL, Guylaine (à paraître en 2007) : « Un point de vue interactionniste sur la communication médiatique », dans M. BURGER (dir.) : L’analyse linguistique des discours des médias : théories, méthodes et enjeux, Québec, Nota bene.


Les téléjournaux québécois

Extrait de TQS-Montréal, 18 septembre 2002
Jean-Luc Mongrain, chef d’antenne
Cendrix Bouchard, journaliste

Extrait vidéo (en traitement)

Transcription orthographique et structure de l’échange

adresse

au public

JLM

On va aller du côté de Saguenay maintenant où Cendrix Bouchard nous arrive avec une histoire qui est assez incroyable. Il y a un individu qui s’est jeté en bas d’un véhicule en marche à cent kilomètres heure.

E1

initiative

JLM

Puis c’était une voiture taxi, Cendrix.

réactive

[reportage]

CB

Oui effectivement c’est: c’est bien ça. […] Le conducteur, lui, dit qu’il a eu le temps de ralentir un peu, mais quand même roulait à cent kilomètres heure quand le passager a ouvert la portière. Donc il y a des recherches policières qui sont entamées tout de suite.

E2

initiative

JLM

Ah parce qu’ils l’ont pas trouvé? [intonation de surprise]

réactive

[reportage]

CB

Non ils ne l’ont pas retrouvé […] À la levée du jour ce matin les recherches ont repris […]. Il y a également l’escouade canine de la Sûreté du Québec <oui> qui a été mise à profit, mais on a toujours: on n’avait pas retrouvé personne en fait jusqu’à l’heure du dîner. Et les policiers disposaient de très peu de détails. <ah oui> C’est en fait: ils savaient seulement ce que le conducteur du taxi leur avait raconté puisque l’autre passager, lui, n’était pas trouvable d’ailleurs j’inv: je vous invite à écouter <oui [intérêt]> Hélène Hampton qui est porte-parole à la Sûreté du Québec qui nous dit ce qu’ils savaient quand ils faisaient leurs recherches. [reportage]

E3

initiative

JLM

On en sait-tu plus, ils l’ont-tu retrouvé? [intonation de surprise]

réactive

[reportage]

CB

Bien il y a quelqu’un qui a été admis à l’Hôpital de Chicoutimi aujourd’hui. <ouais> On croyait que ce n’était pas lui parce que le conducteur n’était pas capable de l’identifier à cent pour cent. Il s’est présenté avec une fracture au bras. Mais un gardien de sécurité qui était à la soirée hier soir, lui, il est formel. L’homme qu’il a vu embarquer dans le taxi et qui était à l’hôpital est le même homme. <ah bon [ironie]> Mais le patient, lui, qui était à l’hôpital ne peut rien confirmer parce qu’il ne se souvient pas comment il s’est blessé et c’est possible parce qu’il a consommé de l’alcool <rires> et, selon ce qu’il a dit au conducteur, des speed et d’autres drogues. Donc c’est possible qu’il ne se souvienne de rien. Mais si c’est lui il est très chanceux imaginez seulement une fracture du bras <ah [surprise]> après être sauté d’une voiture <un cascadeur> à cent kilomètres heure.

évaluative

Il va: qu’il aille à Hollywood il va être correct

E4

rituel de

JLM

merci beaucoup.

fermeture

CB

Au revoir.

JLM

Aurevoir Cendrix.

adresse

au public

JLM

Ça se peut-tu!

[…] Le comportement discursif du chef d’antenne simule une conversation authentique à laquelle peuvent facilement s’identifier les téléspectateurs. Même si l’échange entre le chef d’antenne et le journaliste relève de la mise en scène (au moment de l’enregistrement du bulletin, le chef d’antenne est déjà au courant de la nouvelle), il présente des conditions normales d’interaction :

• Il y a alternance dans les tours de parole : le chef d’antenne pose des questions au reporter sur le terrain et le reporter répond. Les questions posées sont celles que le chef d’antenne s’imagine que le téléspectateur poserait.

• Il y a co-construction discursive : le récit de la nouvelle résulte de la contribution verbale du chef d’antenne et du reporter.

• Il y a influence réciproque : le comportement verbal de l’un et l’autre des participants a des conséquences sur leurs réactions respectives.

Cet échange présente également d’autres caractéristiques rappelant la conversation quotidienne : un discours spontané moins formel que la lecture standard des nouvelles, des commentaires évaluatifs, des manifestations émotives, notamment des rires. […]

Texte extrait de : MARTEL, Guylaine et Olivier TURBIDE (2006) : « Interagir avec le public. Quelques stratégies du discours médiatisé », actes du colloque international Les interactions asymétriques, Québec, Nota bene.


Les téléjournaux québécois

Extrait de SRC-Québec, 25 avril 2001
Sébastien Bovet, chef d’antenne
Catherine Lachaussée, chroniqueure culturelle

Extrait vidéo (en traitement)

Transcription orthographique et structure de l’échange

adresse

au public

SB

Arts et spectacles maintenant on va vous parler d'Adamo.

E1

initiative

réactive

évaluative

SB

pub

CL

Je vous chanterais bien la chanson sauf que Catherine pendant la pause a dit que c'était insupportable <(rires)> quand je chantais alors je vous épargnerai : (rires)

[ø]

Quelle brillante interprétation. (rires) <(rires)>

E2

initiative

réactive

[reportage]

évaluative

réactive

SB

CL

SB

CL

Donc vous l'avez rencontré aujourd'hui.

Oui j’ai eu cette chance (…) Et la chanson C'est ma vie <humhum> qu'il interprète un peu mieux que vous Sébastien (rires) <(rires) ah oui?> qui l'a remis au goût du jour au Québec. [reportage]

Alors au Grand Théâtre pour un soir <oui> seulement

Un soir seulement. Oui.

E3

initiative

réactive

CL

SB

Et ma version de C'est ma vie n'est pas mieux que la vôtre Sébastien.

Oui j’osais pas le dire (rires) <(rires)>

[…] Cette mise en scène interactionnelle rend compte d’un degré de formalité, voire d’intimité, qui correspond davantage à la communication interpersonnelle qu’à la communication médiatique. Les procédés discursifs comme le small talk, typique de la conversation ordinaire, la taquinerie et le rire contribuent à cette impression. À ces recours s’ajoutent au moins deux éléments de la structure interactionnelle. D’abord, en E1, le chef d’antenne s’adresse directement aux téléspectateurs absents de la scène médiatique. Cette stratégie de ratification du public est d’autant plus ingénieuse que la chroniqueure culturelle, qui, elle, est en interaction en face à face avec le chef d’antenne, est prise à partie. C’est même elle qui clôt l’échange réparateur par une intervention évaluative, malgré l’absence d’intervention réactive de la part du public. Ensuite, contrairement au caractère essentiellement asymétrique des interactions médiatiques produits dans les téléjournaux, l’analyse interactionnelle de l’exemple précédent présente l’un des rares cas où la chroniqueure culturelle, plutôt que le chef d’antenne, produit une intervention initiative en E3. […]

Texte extrait de : MARTEL, Guylaine (à paraître en 2007) : « Un point de vue interactionniste sur la communication médiatique », dans M. BURGER (dir.) : L’analyse linguistique des discours des médias : théories, méthodes et enjeux, Québec, Nota bene.


Les débats politiques télévisés

Extrait du Débat des chefs
Élection fédérale, Canada 1997

Extrait vidéo (en traitement)

Transcription orthographique

Jean Charest :

chef du Parti conservateur

J'aime pas interrompre les chicanes entre les: Libéraux puis le Bloc <rires de l’auditoire> c'est tellement dans leurs habitudes sauf on: je peux-tu me permettre à ce moment-ci dans le débat de proposer: de proposer:

Jean Chrétien :

chef du Parti libéral

Vous êtes jamais à la Chambre des communes alors vous pouvez pas:

Jean Charest :

Ouin puis j'ai pas l'impression d'avoir manqué grand-chose <rires de l’auditoire>

Jean Chrétien :

Non, c'est sûr.

Gilles Duceppe :

chef du Bloc québécois

On vous a pas manqué non plus. <rires de l’auditoire>

Jean Chrétien :

Non: personne s'est ennuyé <rires prolongés de l’auditoire>

Jean Charest :

Si vous me permettez j’aimerais : j’aimerais plutôt parler de quelque chose de positif et de constructif.

[…] Cet extrait illustre le feedback. Les manifestations de rires en provenance de l’auditoire en studio sont récupérées en rétro-information par les politiciens qui ajoutent à la blague de manière à augmenter leur capital de sympathie. Les réactions du public en studio permettent ainsi aux politiciens d’ajuster, en temps réel, leur comportement verbal. […]

Texte extrait de : MARTEL, Guylaine et Olivier TURBIDE (2006) : « Interagir avec le public. Quelques stratégies du discours médiatisé », actes du colloque international Les interactions asymétriques, Québec, Nota bene.


Les débats politiques télévisés

Extrait du Débat des chefs
Élection provinciale, Québec 2003
Jean Charest, chef de l’opposition

Extrait vidéo (en traitement)

Transcription orthographique

Jean Charest :

chef du Parti libéral

Vous dites aux contribuables que selon votre dernier plan là à votre dernier congrès que les réductions d’impôts arriveront pas avant 2010 alors que vous: que pendant la même campagne électorale vous leur dites que vous voulez offrir des crédits d’impôts pour que les gens puissent se payer des voyages.

[…] La contradiction est une forme de présentation particulièrement performante en situation conflictuelle. Elle consiste, pour un locuteur, à opposer deux propositions clairement incompatibles et à montrer l’intention de l’adversaire de les appliquer toutes les deux, faisant ainsi ressortir une faille dans son raisonnement. L’effet de ce procédé rhétorique s’en trouve décuplé : sur le plan de l’argumentation, les deux propositions sont perçues comme étant irréalisables puisque fondamentalement incompatibles ; quant à la personne qui en fait la proposition, le soutien d’une telle incompatibilité implique son inaptitude intellectuelle à gouverner. Ce second effet, bien qu’implicite, pourrait bien agir plus fortement sur l’esprit du public que la mention explicite de l’opposition entre les deux propositions.

Dans l’exrtrait précédent, l’opposition entre l’impossibilité de réduire les impôts avant 2010 et l’offre de crédits d’impôts pour aller en voyage rend compte d’une incohérence entre les deux projets économiques proposés par le chef du gouvernement. Ce faisant, elle témoigne de l’absurdité même de son raisonnement, voire de sa mauvaise foi dans le refus de vouloir réduire les impôts, ce que promet justement de faire le chef de l’opposition s’il est élu. La présentation est ingénieuse puisqu’elle permet de passer d’une argumentation par la raison fondée sur des faits financiers, à une argumentation ad hominem.

Jean Charest est celui qui recourt le plus souvent à la contradiction (14 occurrences), un procédé particulièrement ingénieux, dont les autres candidats profitent peu (1 seule occurrence pour le chef du PQ et 2 occurrences pour le chef de l’ADQ). Le recours à la contradiction pour faire perdre la face à ses adversaires est aussi révélateur de la construction de l’image publique de Charest : par ce procédé, le chef libéral confirme, renforce même, l’identité personnelle positive véhiculée par les médias selon laquelle son tempérament batailleur constitue l’une de ses armes politiques les plus efficaces. […]

Texte extrait de : MARTEL, Guylaine et Olivier TURBIDE (2005) : « Argumentation et performance communicationnelle. Le débat politique médiatisé », dans G. MARTEL et M. BURGER, Argumentation et communication dans les médias, Québec, Nota bene, coll. Langues et pratiques discursives, 175-220. 


Mis à jour: 2006-10-31