Ma présentation sera courte, tant la personne que j’ai
le plaisir et le privilège de vous présenter est connue.
Madame Janette Bertrand, la Janette du Courrier du cœur,
de Parler pour parler et de L’Amour avec un grand
A, pour ne nommer que quelques-unes de ses réalisations
les plus populaires, est venue partager avec les diplômé/es
de l’Université Laval les honneurs d’une cérémonie
qui veut souligner la réussite.
Au cours de sa remarquable carrière, Janette Bertrand a mis
son intelligence et son jugement, aussi bien que sa sensibilité et
son audace, au service de la société québécoise.
Traversant tous les médias, adoptant un style qui lui a permis
de rejoindre un vaste public, elle a scruté les problèmes
de la vie quotidienne et opposé à l’intolérance, à l’injustice, à la
violence et aux inégalités, les armes de l’information
et de l’éducation.
D’abord journaliste, cantonnée aux pages féminines
comme ses consoeurs de l’époque, madame Bertrand dépasse
subtilement les contraintes du genre et profite de ses propres chroniques
pour s’informer et faire, bien avant l’heure, ce que nous
appelons maintenant du « transfert de connnaissances ». « Ce
qui me passionne dans l’écriture, dit-elle dans son autobiographie,
c’est le partage. Je n’écris pas pour moi, mais
pour rejoindre des gens, pour communiquer » (p. 397).
Elle questionne beaucoup, beaucoup trop diront certains, mais toujours
dans le respect de la liberté de conscience de chacun.
Après le journalisme écrit, madame Bertrand passe à la
radio et touche même au cinéma. Mais son média
de prédilection est la télévision, le média
qui rejoint tout le monde, « de la madame d’Outremont à celle
du faubourg à m’lasse » (p. 118), du plus
instruit, au plus démuni. Je la cite : « Si
la télévision doit divertir, elle peut aussi faire réfléchir.
Le plus grand compliment qu’on puisse me faire, c’est de
me dire qu’après une de mes émissions, on a discuté ferme » (p. 331).
Dans ses œuvres de fiction comme dans ses émissions de
service, à travers l’humour et le drame, Janette Bertrand
traite avec une rare ouverture d’esprit et une égale franchise
les sujets les plus délicats : l’homosexualité,
la mort, la violence conjugale. Elle crée un espace public d’expression
pour les sans abris, les victimes du sida, les mères monoparentales,
les hommes suicidaires. Certains crient à l’exhibitionnisme,
au voyeurisme. Mais Janette veut savoir : « Je
m’attaque à ce qui m’apparaît un mystère
et je cherche à comprendre » (p. 348). D’instinct
et de cœur, elle poursuit son étude sur la nature humaine.
À ce jour, les milieux les plus divers ont reconnu l’extraordinaire
talent de communicatrice de madame Bertrand et honoré son indéniable
contribution à l’évolution des mentalités
et au changement social : la Fédération professionnelle
des journalistes du Québec, l’Association des radiodiffuseurs,
la Centrale de l’enseignement du Québec, le Mouvement
laïc québécois, le Gouverneur général
du Canada, les gouvernements du Québec et du Canada… À la
Faculté des lettres, on étudie les manifestations de
son action comme autant de fenêtres inédites sur les valeurs,
les pratiques et les aspirations des Québécoises et des
Québécois à des moments charnières de leur
histoire.
L’exceptionnel rayonnement de la carrière de Janette
Bertrand se situe à la jonction du savoir et de sa diffusion
et rappelle la mission citoyenne de l’Université Laval.
Madame Bertrand est l’une des personnalités médiatiques
qui a le plus activement et le plus concrètement contribué à promouvoir
les valeurs associées au savoir, défendant un droit égal à l’éducation
supérieure pour tous et toutes. L’action qu’elle
a menée auprès des milieux populaires a eu un impact
direct et indéniable sur l’université telle que
nous la connaissons aujourd’hui et telle que nous la concevons
pour le futur : démocratique, humaniste et ouverte à toute
la communauté.
Madame Bertrand, les diplômé/es que nous célébrons
aujourd’hui sont réuni/es, comme vous l’espériez,
au-delà de leurs différences d’âge, de sexe,
de couleur, de capital social, culturel et économique, de santé,
d’orientations. Ils reçoivent de la société à laquelle
vous avez vous-même tant contribué, le bien que vous avez
défendu avec « assiduité » tout
au long de votre carrière : la connaissance. Avec la même énergie
qui guide vos actions depuis plus de soixante ans, ils vont à leur
tour participer à l’émancipation de cette société.
Parce qu’ils et elles reconnaissent, comme vous, que le savoir,
sous toutes ses formes, est le lien le plus direct vers la liberté.
Madame Bertrand, en vous rendant hommage
aujourd’hui, l’Université Laval
vous reconnnaît comme le modèle par excellence des valeurs
qui l’animent. Puis-je vous inviter à recevoir des mains
de M. le Recteur le doctorat ès lettres honoris causa, à revêtir
l'épitoge et à signer le Livre d'or de l'Université Laval.
[haut
de page] |