N° 6

La fonction éditoriale de la presse

ÉDITORIAL

Quelle gageure que d'ouvrir par un éditorial ce sixième numéro des Cahiers du journalisme, pour une bonne part consacré au "journalisme éditorial", ce journalisme d'opinion, voire de polémique ou même de direction de conscience ! À deux pas, ou à quelques colonnes de l'éditorialiste, le médiateur définit à peine moins qu'une ligne directrice, sinon de pensée, du moins de comportement du média. Semaine après semaine autant que l'éditorialiste jour après jour, il tranche du bon et du moins bon (on n'ose écrire du bien et du mal). Quand le journal tout entier est un éditorial, quand sa ligne rédactionnelle s'exprime dans un éditorial fondateur quand il affiche, revendique et assume ses convictions, il prend parti. Est-ce toujours sans parti-pris? Les témoignages de nos confrères de l'Est européen, tout juste libérés du totalitarisme, attestent que la maîtrise du journalisme d'opinion avance au même pas que les progrès de la démocratie. Que le droit de bien dire et de bien étayer une position personnelle s'acquiert avec le savoir-faire et l'expérience de bien discerner et de bien dire l'information elle-même. Que la modestie professionnelle est donc consubstantielle de la valeur d'affichage d'une signature : « Ce n'est que moi qui pense ceci... et voici pourquoi... »
Que la fonction de maître à penser le dispute souvent à celle d'éveilleur de conscience, d'empêcheur de raisonner en rond, soit. Les exemples abondent, de ces "convictions" acquises au gré du vent, de ces polémiques futilement mercantiles, de ces paradoxes vendeurs de papier, de ces textes illisibles dix ans, un an, parfois un mois plus tard, parce que vides d'une pensée essentielle, ou d'une quelconque réflexion. Qu'il s'appelle chroniqueur, éditorialiste ou médiateur, celui qui écrit pour susciter la réflexion de son lecteur, ou son adhésion, plus que pour lui imposer ses propres vues, se doit de respecter son public, donc de respecter l'information, de démêler le vrai du vraisemblable, de situer le contexte réel de sa pensée. Alors seulement, il acquiert une crédibilité à long terme dont témoignera la fidélité confiante de son public. Les Anglo-Saxons ont sur ces fonctions journalistiques éditorialisantes des regards différenciés et circonspects, parfois polémiques, toujours éclairés par la méthodique, systématique - et souvent mythique - séparation des faits et des commentaires. Leur éclairage et la confrontation des pratiques nous sont précieux.
C'est ici l'occasion, pour l'éditorialiste de circonstance, de saluer l'entente de coédition éditoriale des Cahiers du journalisme qui préside désormais entre le Département d'information et de communication de l'Université Laval à Québec et l'École supérieure de journalisme de Lille : un nouveau témoignage de cette coopération plus large encore, qui a réuni les deux institutions depuis plusieurs années.
Cette complémentarité de regards, de part et d'autre de l'Atlantique, est essentielle pour faire progresser nos connaissances réciproques et stimuler nos réflexions. Le métissage des cultures est gage de la qualité de la pensée. Qu'on ne s'y trompe pas : ceci est un éditorial, fondateur d'une nouvelle série, franco-québécoise !

Loïc HERVOUET
Directeur général, École supérieure de journalisme de Lille

LA FONCTION ÉDITORIALE DE LA PRESSE

Article 1

Marianne ou le journal comme un vaste éditorial
Jean-François KHAN .. 10

Article 5

Le médiateur du Monde
Robert SOLÉ .. 32

Article 8

Bulgarie: une polémique en quête d'auteurs
Tatiana VAKSBERG (interview de) .. 68

AUTRES CONTRIBUTIONS

Article 15

Le journaliste et ses contraintes
Grégory DERVILLE .. 152

Dernière mise à jour : 2011-04-28 09 h 59