N° 9

La presse francophone d'Afrique : entre permanences et ruptures

ÉDITORIAL

La presse francophone d'Afrique : entre permanences et ruptures

Journaliste, tais-toi !
Souvenez-vous, dans les années soixante, on justifiait les timidités de la liberté de la presse en Afrique par les nécessités du développement, et les atteintes à la liberté tout court, par le même raisonnement. Le journaliste africain acteur du développement – donc partenaire obligé des pouvoirs en charge de ce développement – devait réfréner ses recherches de la vérité et son militantisme démocratique pour ne pas désespérer les Billancourt africains et ne pas nuire au dit développement. La démocratie aurait coûté trop cher, les populations n’étaient pas prêtes, et l’interprétation toute fallacieuse des analyses ayant conduit à la politique du nouvel ordre mondial de l’information justifiait également, antinéocolonialisme à l’appui, la pusillanimité des professionnels et leur complicité avec tous les pouvoirs.
Il est avéré à présent que c’est l’absence de démocratie qui freine le développement, que la liberté de la presse n’en est pas l’ennemie, mais qu’elle en est souvent la condition même, et que le journalisme pluraliste en est le bras armé, armé de ses exigences de vérité, de ses fonctions sociales de contrôle ou d’alerte, au service du public.
La radio joue en ce domaine un rôle précurseur en Afrique. La presse écrite s’y met, la télévision suivra, internet est en appui. Plus on est dans la proximité, plus un contrôle bénéfique est exercé.
Dans un colloque récent consacré justement au développement, une militante marocaine de la société civile racontait comment elle avait redécouvert, localement, l’utilité de la presse de proximité pour le développement associatif, pour convaincre et pour peser sur le politique, pour faire avancer les choses dans l’opinion, et sur le terrain. Enfin ! De cela, nos auteurs témoignent, avec réalisme, sans trop d’illusions béates, mais sans pessimisme ravageur.
Notre joie est d’autant plus grande de consacrer ce numéro à l’information en Afrique que celle-ci reste trop souvent à l’écart des feux des projecteurs médiatiques, si ce n’est pour les guerres, les épidémies ou les chroniques ordinaires des tyrannies. Quand la question du développement recule, l’Afrique est la première à encaisser le choc, et à souffrir.
Or, la question du développement recule, et pas seulement – même si c’est déjà dramatique – au niveau des crédits, mais aussi dans les mentalités et les préoccupations. Elle recule dans les organismes officiels, nationaux et internationaux ; elle recule dans l’opinion ; elle recule dans les médias, dans les préoccupations des journalistes, et même, des jeunes journalistes.
Puissions-nous contribuer à inverser le mouvement !

Loïc HERVOUET
Directeur de l'ESJ-Lille

Introduction
Renaud DE LA BROSSE .. 8

LA PRESSE FRANCOPHONE D'AFRIQUE : ENTRE PERMANENCES ET RUPTURES

Article 2

Dix ans de pluralisme en Afrique francophone
Marie-Soleil FRÈRE .. 28

Article 3

Pluralisme médiatique en Afrique de l’Ouest :
10 années pour tout changer

Mouhamadou Tidiane KASSÉ, Diana SENGHOR .. 60

Article 7

Rwanda : une décennie pour rien
Hervé DEGUINE .. 112

Article 8

Presse satirique : la voix de l’avenir ?
Eyoum NGANGUÈ .. 124

Article 10

Le journaliste africain face à son statut
Thierry PERRET .. 154

Article 11

Profession : journaliste, “en attendant”
Diégou BAILLY .. 170

Dernière mise à jour : 2011-04-08 11 h 18