Résumé

CHARRON, Jean. « Parler de soi en faisant parler les autres. Identité journalistique et discours rapporté ». In RIEFFEL, Rémy et WATINE, Thierry. Les mutations du journalisme en France et au Québec. Paris: Éditions Panthéon Assas. 2000b. P. 83-117. 

Un texte de nouvelle dans un journal n'est pas seulement une mise en représentation d'un événement ou d'une situation d'actualité, c'est aussi un lieu de mise en représentation du journaliste lui-même, un lieu de construction et d'affirmation de son identité. Suivant ce postulat, l'auteur étudie à travers les transformations de certaines caractéristiques du discours de presse, l'évolution depuis 1945 de l'identité sociale des journalistes politiques québécois. Plus précisément, il recherche des traces d'un processus de subjectivation du discours de presse en examinant la manière dont les journalistes québécois rapportent le discours des personnalités publiques dans les textes de nouvelles. Entre 1945 et 1995, l'usage du discours rapporté dans le discours de presse montre une tendance des journalistes politiques québécois à revendiquer la maîtrise d'oeuvre de la construction de l'actualité. Au début de la période, le journaliste se contente d'enregistrer le discours des sources politiques officielles et de le consigner dans des articles de nouvelles qui ont les apparences d'un procès-verbal. Le journaliste n'est pas, à proprement parler, un acteur et sa participation au grand jeu de la communication est essentiellement instrumentale. Progressivement, à partir des années 60 et 70, le journaliste se fait le metteur en scène de la réalité politique. Il utilise le discours d'autrui comme un ingrédient qui entre dans une composition qui est la sienne propre. Il affiche, dans son énonciation, sa qualité de sujet et d'acteur et revendique une compétence professionnelle qui l'autorise à produire, au profit de ses lecteurs, une représentation de la réalité politique. La valeur de son discours ne repose plus sur un principe d'objectivité en vertu duquel le réel s'impose naturellement à l'observateur honnête, mais plutôt sur l'idée que le réel doit être « construit » par un « travail » compétent d'analyse et de critique. C'est pourquoi, en ayant recours à une rhétorique d'expertise critique, les journalistes s'emploient à semer dans leur énonciation des traces de ce travail compétent de construction.

Dernière mise à jour : 2010-11-15 08 h 02