Résumé

CHARRON, Jean et DE BONVILLE, Jean. « Les mutations du journalisme: modèle explicatif et orientations méthodologiques ». In BRIN, C.,CHARRON, J. et DE BONVILLE, J. Nature et transformation du journalisme: théorie et recherches empiriques. Québec: Presses de l'Université Laval, 2004c. P. 87-120.

La sociologie historique du journalisme pose un défi théorique et méthodologique majeur, celui de concevoir des modèles explicatifs et des cadres opératoires qui associent des changements concrets, observables dans le discours journalistique (dans le « texte » lui-même), à des phénomnes ou des facteurs explicatifs qui se situent à une toute autre échelle d'observation et qui présentent un degré beaucoup plus élevé de généralité. Comment, par exemple, établir théoriquement et empiriquement une « chaîne de causalité » (qui, précisons-le, relève davantage de la dialectique que du déterminisme) reliant, d'une part, des changements mesurables dans la mise en page des journaux ou dans l'art de rédiger un article et, d'autre part, l'expansion du chemin de fer à la fin du 19e siècle ou encore la financiarisation de la propriété des médias au passage du 20e au 21e siècles ? Les auteurs proposent un modèle qui hiérarchise quatorze « niveaux » de « paramètres », du plus circonscrit (le texte journalistique) au plus général (l'état de développement et le mode de fonctionnement de l'économie), en passant par une douzaine de niveaux intermédiaires (le texte « journalique », les pratiques professionnelles, les journalistes, les organisations de presse, la production médiatique, les médias, les sources d'information, les sources de financement, le public et ses pratiques culturelles et ses valeurs, les institutions socioculturelles, le système politique et le cadre légal) qui médiatisent, en quelque sorte, les relations entre les niveaux macroscopique et microscopique. S'il convient de distinguer analytiquement des paramètres et de les disposer en « niveaux », ce n'est pas dans le but de les isoler les uns des autres ni d'établir une hiérarchie a priori ; c'est au contraire afin de mieux saisir les interactions complexes entre les niveaux de paramètres qui font que des phénomnes en apparence extérieurs à la logique d'action propre aux journalistes (comme, pour reprendre nos exemples, l'expansion du chemin de fer et la financiarisation du capital) contribuent à la transformation des pratiques quotidiennes des journalistes. 

Dernière mise à jour : 2010-11-17 07 h 20