Résumé

DE BONVILLE, Jean. « Problèmes de la périodisation du changement en histoire de la presse ». In BRIN, C.,CHARRON, J. et DE BONVILLE, J. Nature et transformation du journalisme: théorie et recherches empiriques. Québec: Presses de l'Université Laval, 2004a. P. 121-139.

L'hypothèse des mutations paradigmatiques du journalisme pose le problème de la périodisation. Considérant les transformations du journalisme dans la longue durée, sur la base de quels critères l'historien peut-il décider qu'une période s'achève et qu'une autre commence ? L'histoire politique organise commodément le temps historique en « périodes » balisées par des « événements » jugés significatifs soit en raison de leur impact sur le cours des choses, soit parce que, s'inscrivant dans une séquence d'événements, ils marquent un point de rupture. Mais s'agissant de l'évolution de la presse en tant qu'institution sociale et du journalisme en tant que pratique culturelle, les critères événementiels ne suffisent plus (à moins de vouloir se contenter de balises extra-journalistiques et, par conséquent, tout à fait arbitraires du point de vue de l'objet de la recherche). L'auteur reprend le problème à sa source en cherchant les critères de périodisation dans la nature même de la presse et du journalisme. Il définit la presse (et par extension le journalisme) comme « l'ensemble des conditions et des modalités de réalisation d'un contrat de communication d'un type spécifique, c'est-à-dire une communication sociale, imprimée et périodique ». Les agents qui participent à la réalisation de ce contrat (éditeurs, scripteurs, lecteurs, sources d'informations, annonceurs, etc.) le font en vertu d'une configuration spécifique de règles connues et d'attentes réciproques, configuration qui dessine à son tour une configuration de relations entre les agents. Ces configurations (de règles et de relations) sont produites, reproduites et éventuellement transformées du fait même de la participation des agents. L'alternance de phases de stabilité (c'est-à-dire de relative homogénéité) et d'instabilité (d'hétérogénéité caractéristique des processus de reconfiguration) dans les règles et dans les relations créent ce qui, aux yeux de l'historien, devient des « périodes ». Ainsi, une période « se caractérise par le maintien, parmi un ensemble des publications ou dans la partie la plus importante de cet ensemble, des conditions et modalités de réalisation d'une forme spécifique de contrat de communication ». Le travail de l'historien consiste donc à discerner, à partir des indices dont il dispose (le principal étant le contenu de la presse) « les différentes formes spécifiques de contrat de communication dans leur succession chronologique », c'est-à-dire les différentes configurations spécifiques de règles et de relations. Plus concrètement, et de manière plus opératoire, « une période en histoire de la presse correspondrait à un laps de temps plus ou moins long au cours duquel des rapports relativement stables caractérisent les éléments suivants : régime démographique, organisation interne, infrastructure technique et financière, modes de collecte et de traitement de l'information, contenu, caractéristiques du lectorat et conditions et modes de réception des messages ».

Dernière mise à jour : 2010-11-17 09 h 00